Le numérique en santé en Inde
Les chiffres à retenir
~ 1,4 MD
d'habitants
3%
des dépenses de santé dans le PIB
2ème
écosystème mondial de start-up (après les USA)
Une gouvernance partagée entre l'État central et les États fédérés : un système de santé en pleine transformation
Le système de santé indien repose sur une répartition des compétences entre le gouvernement central et les États (States).
Le gouvernement central définit les grandes orientations de santé publique, les cadres réglementaires et les programmes nationaux, tandis que les États sont responsables de l'organisation et de la gestion des services de santé, notamment des établissements publics et de la mise en œuvre des politiques sur leur territoire.
Le secteur privé assure une large part de l'offre de soins. La couverture financière des soins s'appuie sur une combinaison de dépenses directes des ménages, d'assurances privées et de dispositifs publics.
Un modèle indien fondé sur l’interopérabilité
La particularité du modèle indien réside dans la stratégie dite de "Digital Public Infrastructure" (DPI) une approche consistant à développer des briques d'infrastructure numérique publiques, ouvertes et interopérables, accessibles via des API, sur lesquelles les acteurs privés comme publics peuvent construire librement leurs services.
Cette approche, connue sous le nom "d'India Stack", a déjà démontré son efficacité à grande échelle : équivalent du numéro de Sécurité sociale, l’Aadhaar est un identifiant biométrique unique qui a permis de rationaliser l'accès aux services publics et de favoriser l'inclusion financière de l’ensemble de la population, tandis qu'UPI (Unified Payments Interface), avec plus de 18 milliards de transactions par mois, s'est imposé comme le système de paiement instantané le plus utilisé au monde, inspirant des modèles similaires dans de nombreux pays émergents.
C'est sur ce socle numérique souverain, éprouvé et reconnu internationalement, que l'Inde déploie désormais sa stratégie dans le secteur de la santé. Celle-ci passe notamment par l’Ayushman Bharat Digital Mission (ABDM), un programme national équivalant à Mon Espace Santé et visant à créer une couche d’interopérabilité nationale fondée sur :
- L’identifiant de santé Ayushman Bharat Health Account (ABHA), identifiant numérique permettant aux citoyens d’accéder facilement à leurs informations médicales et de les partager de manière sécurisée, notamment depuis l’ABHA App, un dossier médical personnel numérique (700 millions de comptes créés, surtout en zone urbaine) ;
- Le Health Facility Registry et le Healthcare Professionals Registry, deux bases de données nationales recensant les établissements de santé publics comme privés et les professionnels de santé ;
- La National Health Claims Exchange, plateforme nationale en phase de déploiement (son adoption par les assureurs privés reste limitée) destinée à faciliter l’échange standardisé des informations relatives aux demandes de remboursement et aux prestations de santé ;
- L’Unified Health Interface, plateforme proposant divers services numériques de santé (prise de rendez-vous, téléconsultation, recherche de professionnels ou d’établissements de santé).
Coopération franco-indienne
Particulièrement dynamique, la coopération franco-indienne a été récemment marquée par la signature d’une déclaration conjointe, le 17 février 2026, dans laquelle le président de la République française, Emmanuel MACRON, et le Premier ministre de l’Inde, Narendra MODI, se sont engagés à renforcer les partenariats bilatéraux en matière de santé numérique (point 41).
Les coopérations académiques entre établissements français et indiens sont également nombreuses, notamment dans les domaines de la recherche biomédicale, de l’intelligence artificielle et de la santé publique.
A l’échelle bilatérale, les échanges sont soutenus par :
- Business France Inde ;
- l’Ambassade de France en Inde ;
- la Chambre de commerce et d’industrie franco-indienne (IFCCI) ;
- le Réseau franco-indien de l’innovation, lancé le 17 février 2026 en présence des deux chefs d’Etat, qui constitue désormais un vecteur institutionnel clé pour les collaborations dans les secteurs prioritaires, dont la santé numérique.
Comment accéder au marché indien ?
1. Comprendre l’écosystème ABDM
Pour un acteur de la santé numérique, la première étape consiste à comprendre l’architecture de l’ABDM.
Le gouvernement encourage les entreprises à développer des services compatibles avec :
- l’identifiant ABHA ;
- les registres nationaux ;
- les mécanismes de consentement ;
- les interfaces ouvertes de l’UHI.
Le principal point d'entrée technique est l'ABDM Sandbox, un environnement de test gratuit mis à disposition par la National Health Authority, permettant aux entreprises, éditeurs de logiciels et développeurs de concevoir, tester et certifier leurs solutions avant déploiement. L'obtention d'une certification ABDM est aujourd'hui, de facto, un prérequis pour accéder aux marchés publics de santé numérique en Inde.
Il convient également de se familiariser avec le Digital Personal Data Protection Act (DPDPA) de 2023, dont les règles d'application sont encore en cours de finalisation. Ce cadre législatif encadre la collecte, le traitement et la localisation des données personnelles de santé et présente des points de convergence, mais aussi des divergences notables, avec le RGPD européen. Une analyse juridique préalable est indispensable pour les entreprises françaises, en particulier sur les questions de transfert transfrontalier de données.
2. Identifier le bon niveau de marché
L’Inde ne constitue pas un marché homogène. Les opportunités varient fortement selon :
- Les États fédérés : les États les plus avancés en matière de santé numérique incluent le Karnataka (Bengaluru, hub de la healthtech), le Tamil Nadu (fort réseau hospitalier public numérisé), le Maharashtra (Mumbai, concentration d'acteurs privés), la Telangana (Hyderabad, politique proactive d'attraction des investissements en medtech), le Rajasthan (santé mobile) et l'Andhra Pradesh (expérimentations en télémédecine rurale). Certains États du Nord-Est, comme le Nagaland, manifestent également un intérêt croissant pour des solutions adaptées aux zones tribales et enclavées ;
- Par segment de marché : le marché indien de la santé numérique se structure autour de trois segments distincts aux logiques d'accès très différentes :
- le secteur public (hôpitaux gouvernementaux, programmes nationaux) : accès via appels d'offres publics, partenariats avec la National Health Authority ou les gouvernements d'États - les volumes sont importants, mais les marges demeurent faibles et les cycles de décision relativement longs ;
- le secteur privé hospitalier (grands groupes comme Apollo, Fortis, Max, Manipal) : les décisions y sont plus rapides, avec une plus grande flexibilité contractuelle et un fort appétit pour les solutions d'IA « diagnostic », de gestion hospitalière et d'expérience patient ;
- les assureurs santé et tiers payants : ce segment, en forte croissance avec le déploiement de l'assurance maladie Ayushman Bharat (PM-JAY), couvre théoriquement 500 millions de bénéficiaires.
- Les métropoles :
- Bengaluru reste la capitale incontestée de la healthtech indienne, concentrant la majorité des startups, des centres de R&D et des investissements en capital-risque.
- Hyderabad se distingue par son écosystème life sciences et pharmaceutique.
- Mumbai et New Delhi constituent les principales portes d'entrée pour les partenariats avec les grands groupes hospitaliers privés et les institutions financières.
3. Nouer des partenariats locaux
Dans la pratique, la majorité des entreprises étrangères réussit grâce à :
- des partenariats hospitaliers ;
- des distributeurs spécialisés ;
- des intégrateurs ;
- des consortiums public-privé ;
- des collaborations avec des start-up locales.
Autorités publiques et plateformes gouvernementales
Associations professionnelles et réseaux sectoriels
Initiatives de soutien à l’innovation
Formation et recherche
L’Inde dispose d’un vaste réseau d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche impliqués dans la santé numérique (intelligence artificielle, informatique et dispositifs médicaux) :