#10 - Recruter une équipe technique experte en e-santé

Ecosystème

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Pour ce dixième épisode, “100 Jours pour réussir” fait le focus sur le recrutement d’une équipe technique experte en e-santé.

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Voix off : "Cent jours pour réussir". C'est le podcast de G_NIUS, le Guichet national de l'innovation et des usages en e-santé. Autour de Lionel Reichardt, retrouvez les innovateurs de la e-santé et les experts incontournables pour vous aider à réussir dans vos projets.

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Lionel Reichardt: Bonjour à tous et bienvenue sur le podcast "cent jours pour réussir" le podcast à destination des innovateurs et entrepreneurs dans le numérique en santé, mais aussi de toute personne curieuse de ce domaine. Ce podcast est produit par G_NIUS, le Guichet national de l'innovation et des usages en e-santé. Dans cet épisode, nous parlerons du recrutement d'une équipe technique experte en e-santé. Pour ce faire, nous recevons Théo Ryffel, co-fondateur d'Arkhn, une société qui aide les établissements de santé à mieux gérer les données qu'ils collectent afin de faciliter le travail des équipes médicales, améliorer la prise en charge des patients et favoriser l'innovation en santé. Théo Ryffel est aussi doctorant en apprentissage fédéré et cryptographie à l'ENS, ULM et les Edéveloppeurs chez Open Mined. Nous recevons également Jorge Soto Romero, directeur de l'école d'ingénieurs ISIS, première école à former les ingénieurs spécialisés en e-santé.

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Lionel Reichardt: Théo Ryffel, bonjour et merci de partager avec nous votre expérience. Pouvez-vous tout d'abord nous présenter votre formation et votre parcours ?

00:01:29
Théo Ryffel: Bonjour. J'ai une formation d'ingénieur. J'ai fait Polytechnique avec un parcours d'abord en physique théorique et ensuite en data science. A la fin de mon cursus, j'ai fait une année à Imperial College où je me suis spécialisé en data sciences appliquées au médical. Et c'est là je me suis familiarisé avec la notion de privacy, en particulier sur les données médicales. A ce moment, j'ai rejoint la communauté Open Mined. C'est une communauté open source qui développe des librairies pour rendre les outils de confidentialité des données accessibles à tous. J'ai commencé effectivement une thèse à l'ENS et à l'Inria en machine learning et en cryptographie pour continuer à faire de la recherche dans ce domaine.

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Lionel Reichardt: Vous avez cofondé la société Arkhn en 2019. Pouvez-vous nous la présenter ?

00:02:11
Théo Ryffel: Arkhn travaille avec les hôpitaux pour les aider à retrouver la souveraineté sur les données de santé qu'ils collectent. L'idée est que quand un patient arrive dans un hôpital, il va passer par un tas de services, par les urgences, peut-être après par la cardiologie ou par le service d'imagerie. Dans ce cas-là, ça veut dire que chaque département a un logiciel qui lui est spécifique, qui va stocker des informations sur ce patient et répliquer, par exemple, son identité. Donc, si on veut avoir toutes les informations pour un patient, il faut avoir accès à tous ces logiciels-là. Ceci est en pratique très difficile. Donc ça pose un problème en interne pour le soin quand on essaie de retracer le parcours de soin d'un patient. C'est assez compliqué et d'autant plus si on veut échanger des données entre différents centres parce que l'information n'est pas accessible au même endroit. En plus de cela on transforme la donnée qui est présente dans les bases de chaque logiciel, dans un format qui est propriétaire, et on les transforme dans un format qui est standard, ouvert, qui s'appelle Fire et qui est édité par une organisation à but non lucratif américaine. Ainsi, on construit au sein de l'hôpital un entrepôt de données avec toutes les données des patients et dans un format standard. Ceci facilite évidemment le travail des praticiens au jour le jour pour pouvoir facilement accéder au dossier du patient, la recherche clinique parce qu'on a beaucoup moins de temps à donner et aussi les collaborations entre les centres parce que quand les données sont standards, il est beaucoup plus simple de les échanger entre les différents centres. Arkhn a été fondé en 2019 et nous sommes maintenant une équipe de 17 personnes.

00:03:37
Lionel Reichardt: Vous vous attaquez à de nombreux sujets liés à la donnée de santé, notamment le serpent de mer, qui est l'interopérabilité des systèmes d'information. C'est un sujet très technique. De quel profil avez-vous besoin ?

00:03:48
Théo Ryffel: Oui, effectivement, on est une équipe très technique. On a trois grands types de profils. Les premiers sont les développeurs. On fait la tuyauterie de l'hôpital, on se connecte avec différentes bases, on extrait des flux de données et on les transforme. Donc le profil majeur qu'il nous fallait pour ceci sont les développeurs des écoles spécialisées. On peut citer 42 Lenzi mags Epitech, Epita, soit en sortie d'école, soit avec un peu d'expérience. C'est le premier volet. Le deuxième volet, c'est qu'il faut comprendre ces données-là. Il nous faut des profils de santé, par exemple des pharmaciens ou bien des écoles spécialisées. On a l'école ISIS, par exemple, qui est spécialisée dans l'informatique médicale, ou encore des profils qui ont déjà un peu d'expérience dans les hôpitaux avec la manipulation des logiciels médicaux, comme par exemple les attachés de recherche clinique qui sont très familiers de ces outils dont on veut extraire les données. Le troisième volet, ce sont les data scientists. On va plutôt les chercher dans des écoles d'ingénieurs comme celle dont je suis issu. Peut-être encore un volet là-dessus pour les recrutements. Les premières personnes que l'on a prises dans notre équipe avaient une appétence pour gérer une équipe parce que le tout premier recrutement qu'on va faire, il est très important. La personne qu'on recrute en premier, c'est probable que d'ici six mois, un an, c'est ce qui s'est passé pour nous, soit à la tête d'une équipe de cinq, six personnes. Donc, il faut qu'elle ait cette appétence à gérer un peu l'équipe, à s'assurer que tout le monde évolue bien et que tout le monde soit content avec ses missions. Ce sont ces profils qu'on cherche. Ensuite, une fois qu'on sait ce qu'on veut. Comment est-ce qu'on ce que l'on peut approcher ces personnes là ? La première chose, c'est évidemment le réseau des écoles, des réseaux qui sont assez puissants à travers des groupes privés. On peut juste poster des annonces et ceci marche assez bien. Différentes personnes de nos écoles respectives nous ont rejoints. Le second, ce sont surtout des programmes issus de l'économie sociale et solidaire. On a participé par exemple à la data Goode. Ce sont des gens qui ont souvent un projet et des gens nous rejoignent, une fois par semaine pour travailler dessus, ou bien un programme qui s'appelle le vendredi. Là, ce sont des projets qu'on fait avec une entreprise qui permet à ses salariés de travailler un jour par semaine sur un projet d'intérêt sociale et solidaire. C'est très intéressant parce que cela permet aux gens de nous connaître et de comprendre nos problématiques. Pour nous, c'est un excellent moyen d'en parler autour à travers tous les évènements qui y sont liés. Ensuite, il y a les événements plus conventionnels, par exemple des évènements autour de l'IA et de la santé. Il y a des conférences spécialisés en médical. Ce sont des endroits où on va croiser des gens qui sont déjà en poste ou bien des étudiants en fin de parcours. C'est un bon moyen de leur parler de ce que l'on fait. Généralement, ça fait beaucoup écho à ce qu'ils cherchent. Et le troisième moyen qui marche aussi, c'est simplement de faire de la chasse sur Linkedin, Identifier les bonnes personnes, les contacter. Cela reste aussi assez efficace en général. Une fois qu'on a approché ces personnes-là, comment est-ce qu'on procède à l'entretien et à la sélection ? Alors au début, on n'avait rien du tout. On a été très mauvais sur nos premiers recrutements mais on a eu beaucoup de chance. C'était juste des discussions informelles. Et aujourd'hui, on a un peu formalisé ça en quatre phases. Toutes nos candidatures passent par un formulaire de candidature. C'est un simple Google Form et ça nous permet de traiter un grand nombre de candidatures. Si on a 50 personnes qui postulent sur un poste, toutes les réponses vont arriver standardisées dans un Excel ce qui nous permet de les passer en revue très rapidement. Une fois qu'on a identifié les candidats avec un potentiel le plus fort, on fait des appels de fixe, soit des appels de 30 minutes. On parle avec la personne et on essaye de voir si effectivement, elle correspond bien en terme de valeurs et d'envie à ce qu'on fait. Et ça nous permet de lui expliquer un peu ce que fait Arkhn. Selon le nombre de candidats, on fait un premier entretien qui peut être à la maison. Moi, je n'aime pas beaucoup les entretiens à la maison donc j'essaie de ne pas trop en faire faire. En général, c'est un entretien technique assez simple et ensuite un entretien plus poussé si jamais on a des candidats qui sont qui sont très forts et qu'on a du mal à départager. Une fois qu'on a identifié ces candidats, ils nous rejoignent. On a pas mal formalisé le processus d'embording, essentiellement parce qu'on a un projet qui est assez technique et donc il est un peu difficile à prendre en main. Donc c'était important pour nous que les deux ou trois par semaine qui sont les plus difficiles soient bien cadrés pour que les gens ne soient pas perdus. Alors ça consiste en trois choses un parcours d'entrée assez simple où on explique comment faire la création de compte de nos outils. Ainsi, on utilise Google, Slack, Notion, Bitwarden et Guidel. Pour la découverte du lieu, on est hébergé au Liberté de Living Lab, dans le 12e arrondissement. C'est un endroit qui accueille plein d'autres start up et qui est très intéressant. C'est important de comprendre les gens avec lesquels on cohabite. Et ensuite, on fait souvent lire une soumission quand on a fait en appel au projet, parce que ça résume de façon assez concise et mieux pensée toute la stratégie de l'entreprise et notre niveau de développement actuel, ce qui sera toujours plus complet que 30 minutes de discussion. Le deuxième élément qu'on met en place, c'est des sessions d'enboarding, c'est-à-dire des sessions de 45 minutes sur des points clés. Ça peut être sur nos outils, sur l'histoire et les objectifs de Arkane, sur la présentation d'architecture technique, sur la stratégie, les opérations... C'est très important pour nous d'être ouvert sur la stratégie, d'expliquer ce qu'on fait et personne n'a l'impression qu'on est qu'on a une mission secrète ou qu'on ne sait pas où l'on va, sur nos valeurs et évidemment, sur notre standard de données qui s'appelle du coup Fire. Parce que comme il est très compliqué, ça mérite une session spécifique. Et enfin, on a introduit pendant le premier confinement des friend limitings. Ceux-là, sont des discussions avec chaque membre de l'équipe de 15 minutes, juste pour apprendre à se connaître de façon un peu programmée. Mais ça permet de rencontrer tout le monde rapidement. Parce qu'il y a des gens qui travaillent sur des sujets tellement différents que sinon ils ne se parlerons pas, à part à la pause du midi, peut-être. Donc, c'est une façon de forcer les liens dans l'équipe, que tout le monde sache un peu mieux avec qui il travaille.

00:09:33
Lionel Reichardt: Quel type de profil préférez-vous recruter ? Des profils très experts et expérimentés, ou plutôt des profils plus généralistes et polyvalents ?

00:09:43
Théo Ryffel: C'est une bonne question. On choisit des profils qui sont relativement débutants, pour une raison qui est assez simple. On est une startup qui n'a pas encore fait sa levée de fonds. On n'a pas forcément les moyens pour les profils les plus experts. Sur les profils les plus experts, j'attire un petit point de vigilance qui est effectivement très intéressant, par exemple pour une équipe commerciale, d'avoir un profil expert parce qu'il arrive avec un très fort carnet d'adresses. Un profil expert en techniques peut être à double tranchant. Soit il a une très bonne expérience et il peut apporter énormément, mais il peut aussi avoir des choix très arrêtés parce que il l'a fait. Il a fait certains choix pendant 20 ans et ce n'est pas aujourd'hui qu'il va changer ceci. C'est un peu le point des gens. C'est pour ça qu'on a choisi des gens qui ont plutôt deux à quatre ans d'expérience en développement, un peu moins expert, mais qui sont plus ouverts à changer d'architecture du jour au lendemain, si jamais on se rend compte qu'il faut qu'on pivote.

00:10:33
Lionel Reichardt: Avez-vous pensé à faire appel à des cabinets de recrutement ?

00:10:37
Lionel Reichardt: On y a pensé, effectivement. On a des start up amis qui ont essayé et ça à bien marcher. Nous n'avons pas eu besoin parce qu'on a eu beaucoup de chance. On a trouvé les profils qui nous correspondaient assez rapidement. C'est un peu un choix à faire qui s'impose lorsqu'on n'arrive pas à recruter et qu'on a un vrai besoin, on a une urgence ou on sait que c'est un bon moyen. Après, ça coûte cher. Cela dépend de notre capacité à recruter. Pour l'instant, on n'en a pas besoin. Si un jour on a des urgences et qu'on n'arrive pas à recruter les bonnes personnes, on passera par un cabinet

00:11:05
Lionel Reichardt: Encouragez-vous la cooptation au sein de l'équipe ?

00:11:08
Théo Ryffel: On favorise la cooptation parce que c'est toujours assez intéressant de se dire "On a réussi à ramener un camarade d'école." On les engage aussi à transmettre les informations sur leurs différents réseaux d'écoles. Après, on va pas forcément au delà. Chacun gère ses propres réseaux sociaux comme il veut. On ne va pas les forcer à communiquer sur l'entreprise. Ce n'est pas forcément une pratique qui est très saine, mais on encourage la cooptation. On n'a pas forcément de grosses primes pour les gens qui arrivent à recruter des gens de leur école précisément parce qu'on arrive à bien recruter. Mais c'est quelque chose qu'on pourrait mettre en avant un peu plus tard, quand on aura plus besoin de recruter.

00:11:43
Théo Ryffel: Vous utilisez un standard particulier, Fire, qui se généralise à travers le monde. Comment formez-vous vos collaborateurs à ce standard ? Les écoles dispensent-t-elle des formations à Fire ?

00:11:56
Théo Ryffel: En france, Les écoles ne forment pas sur Fire, donc il y a différents moyens de faire ça. Le premier, c'est un peu sur le tas en assistant à des événements spécialisés dans Fire. Par exemple, en novembre 2020, il y avait un congrès pour les développeurs en Fire, ou bien ça peut être aussi en discutant avec d'autres experts Fire. Il y a une communauté qui est très active en ligne, ou aussi en France, à l'Institut Curie, à l'APHP. Beaucoup de gens qui sont assez pointus. Dans ces échanges-là, on partage nos problématiques ou on partage les solutions qu'on trouve et on a des retours d'expérience qui nous aident, qui nous aident à progresser.

00:12:36
Lionel Reichardt: Avez-vous le sentiment que les écoles d'ingénieurs en France forment aux thématiques liées à la santé numérique ? Avez-vous plus de facilités pour trouver des profils d'ingénieurs spécialisés en santé?

00:12:45
Théo Ryffel: Alors, du retour qu'on a sur les écoles d'ingénieurs généralistes, ça forme pas très bien à la e-santé. D'une part, on a des connaissances médicales qui restent assez limitées dans ces formations et d'autre part, l'aspect développement n'est pas forcément très valorisé. On va plutôt valorisé l'aspect de data science avec la compréhension des concepts théoriques liés à l'intelligence artificielle ou bien aussi des aspects managériaux qui sont importants pour nous. Dans tous les cas, on a besoin de ces profils-là, mais pas forcément à cause de leur aspect e-santé.

00:13:16
Lionel Reichardt: Pour conclure, Théo Ryffel, quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur en santé qui voudrait s'entourer de profils techniques ?

00:13:23
Théo Ryffel: Le premier conseil, c'est de pouvoir avoir des bons conseillers. On a eu beaucoup de chance d'avoir des interlocuteurs qui ne travaillaient pas chez Arkhn, mais qui sont experts dans le domaine de la santé, soit Fire, soit dans le développement d'architectures logicielle et qui nous permettent de faire les bons choix en amont pour partir dans des directions sur lesquelles on devrait revenir plus tard. C'est la première chose ensuite au sujet de l'équipe en soit. Le recrutement est essentiel. Il faut recruter quelqu'un qui non seulement est très talentueux, mais en plus qui a un esprit de leader d'équipe parce qu'il va être nécessairement amené à gérer une équipe. Donc, il faut qu'il soit assez à l'aise dans la communication avec les autres, qu'il aime travailler à plusieurs. Sinon, on se tire une balle dans le pied dès le début. Et la troisième chose, je pense que la raison pour laquelle on a eu beaucoup de chance à Arkhn dans le recrutement, c'est qu'on a renvoyé une bonne image. Comment est-ce qu'on peut avoir une bonne image d'une entreprise ? La première chose consiste à avoir un sujet où les gens se disent "OK, ça, ça fait sens vis à vis de moi. Ce que je veux faire plus tard, c'est forcément un bon point." La seconde, c'est qu'on a montré qu'on était ouvert et transparent. Tout notre code est open source sur GitHub. LA stratégie est ouverte au sein de l'entreprise et elle est claire nos décisions sont prises de façon aussi horizontale que possible. On est 17, donc pas entièrement horizontales. Mais l'idée, c'est de se dire "OK, je vais dans cette structure qui fait attention à moi et s'attaque à un sujet qui me tient à cœur." Et c'est ça qui va attirer les gens et qui permettent de recruter plus facilement.

00:14:53
Lionel Reichardt: Théo Ryffel, merci pour votre témoignage. Vous vous posez des questions sur la formation d'ingénieurs spécialisés en e-santé ? Eléments de réponse avec Jorge Soto Romero, directeur de l'école d'ingénieurs ISIS, première école à former les ingénieurs spécialisés en e-santé.

00:15:12
Lionel Reichardt: Jorge Soto Romero, bonjour, pouvez-vous nous présenter votre parcours?

00:15:16
Georges Soto-Romero: Bonjour, je suis tout d'abord docteur INSA de Toulouse, spécialisé en électronique à microsystèmes. J'ai basculé dans le monde de la santé en 2003 en intégrant l'équipe de Lisiers Génie biomédical à Besançon et en faisant plusieurs projets avec le CHU de Toulouse. Et en 2013, je suis revenu en Occitanie pour être chercheur au l'ACNRS et des projets avec le CHU de Toulouse. Depuis 2017, j'ai pris la direction de ISIS Castres qui, effectivement, est la première école en e-santé en France et qui forme depuis quinze ans des ingénieurs spécialistes.

00:15:51
Lionel Reichardt: L'école ISIS est donc située à Castres. Quels enseignements spécifiques à la e-santé y sont dispensés ?

00:15:56
Georges Soto-Romero: Nous avons plusieurs enseignements spécifiques. Nous avons tout d'abord des stages immersifs en milieu hospitalier, car nous croyons qu'effectivement, la santé numérique se développe dans les hôpitaux et au service des personnels de santé. D'autres intervenants dans les podcasts l'ont déjà dit avant moi. Nous avons des enseignements spécifiques autour des dispositifs médicaux connectés, de l'intelligence artificielle et du big data en santé. Et enfin, nous avons beaucoup d'apprentissages par projets, ce qui permet de mettre en regard plusieurs publics : des publics infirmiers, des publics élèves ingénieurs, des médecins ou des élèves vétérinaires. Tout cela fait une compilation d'enseignements qui permettent de mettre l'étudiant au centre de ces dispositifs en santé.

00:16:39
Lionel Reichardt: Vous avez également un Innov Lab et un Fab Lab. Pouvez-vous nous les présenter ?

00:16:44
Georges Soto-Romero: Tout à fait. Nous avons une plate forme d'innovation qui est dédiée à la e-santé, qu'on appelle le CHL. Le collectif Aide Lab, c'est un des living lab de la région Occitanie et un des premiers qui est sorti en France et qui permet aux étudiants de développer des projets par une approche innovante, de se mettre en situation avec des personnels soignants ou pas qui viennent aussi sur le site pour pouvoir confronter les bonnes pratiques et, pour les hommes, expliquer quels peuvent être leurs besoins et pour les autres, essayer de développer des dépoques, des preuves de concepts, de dispositifs innovants qui répondent aux besoins des premiers.

00:17:21
Lionel Reichardt: Selon vous, quelles sont les compétences à développer quand on veut devenir ingénieur dans le domaine de la santé ?

00:17:27
Georges Soto-Romero: Alors, je dirais qu'être un ingénieur dans le domaine de la santé ne s'improvise pas. Ce n'est pas un ingénieur. Alors dans notre cas, par exemple, ce n'est pas un ingénieur informatique où on mettrait 50 ou 100 heures de santé en dernière année de formation, on en ferait un ingénieur e-santé. C'est vraiment un programme pédagogique qui s'étale sur plusieurs années et dans lequel il n'y a pas uniquement des disciplines du numérique, c'est à dire pas que de l'informatique ou systèmes d'information. Mais il y a aussi de l'éthique, du droit, de la santé, de l'organisation et le financement du système de santé, qui sont des choses que l'on apprend plutôt dans les écoles de santé publique. Et c'est l'ensemble qui fait qu'on peut former un ingénieur en e-santé. C'est aussi le fait qu'on confronte, comme je l'ai dit tout à l'heure, plusieurs publics dans notre corpus. On va avoir des élèves qui sont venus de médecine, des élèves infirmiers, des élèves vétérinaires et on en fait des ingénieurs en e-santé parce qu'ils sont acculturés au domaine. Et enfin, c'est un travail par apprentissage donc on met ces publics ensemble et on les fait essayer de répondre à des problématiques qui nous arrivent directement, des hôpitaux qui nous arrivent directement, des entreprises. En dernière année, par exemple, presque un tier de la promotion sont comme un mini bureau de recherche soit un mini bureau d'études qui répond à des problématiques concrètes.

00:18:46
Lionel Reichardt: Vous développez donc des compétences qu'on appelle Hard Skill. Qu'en est-il des Soft Skill ?

00:18:51
Speaker 1: C'est essentiel et je dirais que c'est essentiel dans un cursus d'ingénieur aujourd'hui, puisqu'on sait qu'ils vont changer plusieurs fois, sinon de métier, au moins une entreprise. Donc, il y a effectivement plusieurs Softskills qui sont stimulés ou qui sont exercés : l'envie d'entreprendre, donc l'innovation et l'entrepreneuriat, s'en est un. Nous avons ainsi des enseignements spécifiques sur le savoir être, sur la communication en entreprise interpersonnelle. Et nous profitons également de la venue de plusieurs professionnels du milieu de la santé qui permettent de positionner un ingénieur dans un système hospitalier, dans une clinique, pas uniquement au sein d'un service informatique, mais vraiment au sein des services soignants.

00:19:35
Lionel Reichardt: Comment vous assurez vous que votre formation est toujours adaptée au secteur de la e-santé, secteur en forte évolution ?

00:19:41
Georges Soto-Romero: Nous avons d'une part, par rapport aux spécificités ou aux besoins des professionnels de santé, un fort pourcentage de professionnels de santé qui interviennent au sein de notre école. Nous avons même un responsable des relations hospitalières qui est un gériatre au CHU de Toulouse, assez connu et qui vient challenger nos équipes pour effectivement faire en sorte que notre formation soit toujours en adéquation avec la réalité du terrain. C'est pour le côté milieu santé. Pour le côté entreprises, nous avons des instances comme le conseil de perfectionnement qui est dans lequel notre board entreprises partenaires viennent challenger l'équipe pédagogique en disant "Voilà la compétence dont on a besoin l'année prochaine parce qu'il y a une évolution réglementaire, est celle-ci, c'était la norme. Donc, il faut forcément acculturés vos élèves ingénieurs." Cela nous permet d'être assez réactifs. Nous sommes aussi dans une école qui a la taille ou en fait, en deux coups de fil aux trois mails, on arrive quand même à joindre le directeur des études et à mettre en place d'une année sur l'autre, voire dans la même année, des séminaires professionnels où quelqu'un vient sur une demi journée ou une journée pour expliquer une tendance ou une compétence particulière qui est liée à son activité ou un besoin qui engendre ensuite un projet, un stage, un contrat d'apprentissage ou une embauche.

00:20:52
Lionel Reichardt: Comment et quand peut-on recruter des étudiants spécialisés en santé numérique ?

00:20:56
Georges Soto-Romero: Alors on peut les recruter déjà par apprentissage, parce que nous avons une filière par apprentissage. Donc, dans le cas où une entreprise souhaiterait participer au processus de formation de l'élève, il peut recruter un élève ingénieur par apprentissage. Sinon, c'est par le biais des stages principalement, qu'il soit en quatrième année, c'est plutôt autour du mois d'avril, sinon en cinquième année, c'est à partir de janvier, pour des périodes de six mois, puis ensuite une embauche, comme dans d'autres écoles d'ingénieurs françaises, bien sûr.

00:21:28
Lionel Reichardt: Quels conseils pourriez-vous donner à un porteur de projet ou une entreprise qui souhaiterait recruter des ingénieurs dans le domaine de la e-santé ?

00:21:35
Georges Soto-Romero: La spécification du besoin, s'il s'agit bien d'un ingénieur en e-santé dont il est question, il faut s'assurer que la formation dont l'ingénieur est issue ou son cursus professionnel amène bien cette double compétence. C'est-à-dire, qui allie le numérique et la santé et pas forcément que le numérique ou forcément, que la santé. Cela va dans les deux sens. Ensuite, il faut avoir, ou en tout cas pouvoir tester le candidat sur une bonne connaissance de l'activité et des différents acteurs. Il peut y avoir des ingénieurs qui se disent e-santé mais ne connaissent pas G_NIUS, ni l'ARS, ou qui ne connaissent pas les différents organismes qui essaiment dans notre secteur d'activité. Enfin, quelque chose sur lesquels vous avez déjà posé la question qui sont les SOFT Skills. Quand on recrute, il me semble essentiel qu'un ingénieur fasse preuve d'une ouverture d'esprit et que les valeurs de l'entreprise qui va le recruter soit en accord avec ses propres valeurs. Particulièrement celui qui va être capable de se dépasser ou de trouver un sens. Or, aujourd'hui nous avons beaucoup d'élèves ingénieurs et ingénieurs diplômés qui ont besoin d'un sens. Et s'ils travaillent d'ailleurs dans le domaine de la santé, c'est précisément parce qu'ils veulent apporter leurs compétences dans quelque chose qui rend service à quelqu'un qui est utile. Ça revient un peu à humaniser l'informatique par rapport à une école d'informatique tout court et d'avoir une sorte de démarche sociétale. Si ce sont les valeurs que prône l'entreprise qui souhaite recruter un ingénieur en e-santé, il faut qu'elle puisse tester le candidat sur ces compétences-là.

00:22:59
Lionel Reichardt: Concrètement, comment une start up peut-elle trouver le bon profil ? Quels sont les canaux de mise en relation ?

00:23:05
Georges Soto-Romero: Les canaux habituels, par exemple, on travaille beaucoup sur LinkedIn. Évidemment, on a des candidatures directes de notre réseau d'entreprise vient régulièrement via des adresses mail [inaudible] ainsi quand on nous demande des profils spécifiques, on essaye de sourcer pour pouvoir les mettre en adéquation. Nous n'avons pas de procédure particulière. Mais c'est vrai que nous travaillons de plus en plus avec les réseaux sociaux et LinkedIn, qui en est le fer de lance pour l'insertion professionnelle.

00:23:32
Lionel Reichardt: Les hackathon sont-ils des lieux de rencontre intéressants ?

00:23:35
Georges Soto-Romero: Tout à fait. Nous n'organisons pas directement de hackathon sur Castres. Mais nous avons une très belle manifestation qui est connue par le secteur d'activité où nos industriels se rencontrent en début d'été s'appelle l'Université d'été de la e-santé, qui en sera à sa quinzième édition cette année si le Covid nous le permet et dans lequel nous avons effectivement tout le réseau professionnel français qui vient se retrouver ici sur Castres et nos élèves ingénieurs sont directement en contact avec eux. Cela permet à la fois d'échanger les bonnes pratiques et de voir les tendances. Nos élèves ont une sorte de méga cours à ciel ouvert pendant trois jours sur tout ce qui se fait en e-santé en France et à l'étranger.

00:24:18
Lionel Reichardt: Notre épisode touche à sa fin. Merci de nous avoir écoutés. Nous remercions nos deux invités pour leur disponibilité. N'hésitez pas à vous abonner au podcast sur les plateformes d'écoute. Nous vous donnons rendez-vous très bientôt pour un nouvel épisode de "Cent jours pour réussir".

00:24:38
Voix off : Celles et ceux qui font la e-santé d'aujourd'hui et de demain sont sur le podcast de G_NIUS et toutes les solutions pour réussir sont sur gnius.esante.gouv.fr.

 

Description

Avec Théo Ryffel (Arkhn) et Georges Soto-Romero (ISIS Castres)

Pour ce dixième épisode, “100 Jours pour réussir” fait le focus sur le recrutement d’une équipe technique experte en e-santé.

Avec le témoignage de Théo Ryffel, Co-fondateur d’Arkhn, une société qui aide les établissements de santé à mieux gérer les données qu’ils collectent, afin de faciliter le travail des équipes médicales, améliorer la prise en charge des patients et favoriser l’innovation en santé.

Nous recevons également Georges Soto-Romero, directeur de l’école d’ingénieurs ISIS, première école à former les ingénieurs spécialisés en e-santé.

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